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La Transition Socio-écologique Vue Du Cœur

La transition socio-écologique vue du cœur

Qu’est-ce que la transition socio-écologique? On pourrait la définir rapidement comme étant un concept qui vise à mettre en place un nouveau modèle économique et social, afin de répondre aux enjeux écologiques de notre siècle. C’est une période de changement et d’adaptation qui permet de repenser en profondeur nos modes de production, nos comportements de consommation, nos politiques, nos habitudes de vie, nos valeurs et bien d’autres aspects qui doivent effectivement être remis en question si nous voulons préserver l’environnement et par le fait même, assurer un avenir viable pour l’humanité. Le but ultime de la transition socio-écologique est l’atteinte d’un équilibre entre les besoins humains et la capacité de notre planète à y répondre. Le système capitaliste n’a prospéré qu’en exploitant les ressources naturelles d’une nature gratuite ou « bon marché ». Cela dure depuis trop longtemps et il n’est plus possible de continuer dans cette voie. La question n’est pas de savoir si nous voulons oui ou non entamer cette transition, mais bien de réfléchir à la manière dont nous la vivrons. Je vous présenterai, dans cet article, mes réflexions sur les manières possibles de vivre ces profonds changements!

Tout d’abord, laissez-moi vous parler de Elisabeth Kübler-Ross. C’est une psychiatre et psychologue qui a accompagné des milliers de personnes en fin de vie. Elle fut la première à étudier les différentes étapes du deuil. Son approche s’applique à énormément de situations, comme par exemple la fin d’un voyage, un déménagement, la fin des études, un licenciement, la transition écologique ou n’importe quel changement à lequel il est possible d’être réfractaire. Voyons ensemble les étapes de ce processus. Peut-être que vous vous reconnaitrez dans certaines d’entre elles. Je tiens à mentionner que les prochains paragraphes de cet article seront fondés sur des réflexions et expériences personnelles et, entre autres, sur la théorie d’étapes du deuil de Elisabeth Kübler-Ross. Ce sujet me tient à cœur. Il ne présente rien de définitif, seulement des idées à remettre à jour, indéfiniment et différemment pour chacun, afin de bien vivre cette transition socio-écologique. Ces réflexions que j’ai eues étaient pour moi nécessaires à mon bien-être et vous verrez bientôt pourquoi.

Le choc et le déni

Tout commence par un choc. Vous avez peut-être déjà vécu ce moment « Oh shit ». C’est peut-être une conversation avec un·e ami·e, un·e collègue, un membre de votre famille ou alors une vidéo, un article, un podcast, un documentaire qui vous a fait réaliser que rien n’allait plus.

La première étape de la courbe de transition, c’est le déni. Certains rejettent complètement l’idée que notre mode de vie actuel met en péril notre propre survie. Selon plusieurs psychologues et sociologues, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les gens nient l’évidence des changements climatiques. Est-il encore possible d’avoir une attitude de déni face au consensus scientifique concernant les changements climatiques d’origine anthropique (c’est à dire causé par les activités humaines)?

Déni, perception lointaine du risque, volonté de garder le statu quo, culte du développement infini… on pourrait nommer des milliers de raisons à l’inaction. Ce qui est inacceptable, c’est que des motivations purement économiques soient encore aujourd’hui priorisées au détriment de l’environnement.

Dans une conception vivable et équitable de nos sociétés, l’humain doit être vu comme une composante parmi d’autres, étant toutes interdépendantes. En d’autres mots, nous faisons partie intégrante d’un équilibre naturel que nous avons intérêt à respecter. Comme l’a déjà si bien dit Hubert Reeves, «Nous menons une guerre contre la nature. Si nous la gagnons, nous sommes perdus ».

Cette « guerre contre la nature » est causée par la recherche de domination de l’humain sur les autres espèces. En se plaçant au-dessus de la nature, nous nous sommes séparés d’elle et nous avons, en quelque sorte, oublié qu’elle nous permettait de vivre. Cette quête de domination et de pouvoir apporte également son lot de problèmes et de discriminations à l’intérieur même de nos sociétés. La croyance que certaines « classes » de personnes sont intrinsèquement supérieures à d’autres a été et sera toujours la cause de nombreux problèmes pour l’humanité.

Remettre en question le monde tel que nous le connaissons permet d’imaginer de nouvelles relations entre nous et avec notre environnement. Une posture de déni face à ces nombreux problèmes agit comme un frein au progrès. Être conscient des risques qui pèsent sur nous n’est pas une attitude catastrophiste ou pessimiste, mais bien une attitude bienveillante et réaliste permettant de trouver des outils, afin que l’on puisse tous mieux faire face aux tempêtes.

Il faut accepter la rétroaction! C’est un principe important en Permaculture. La rétroaction est présente dans la nature comme dans nos sociétés. Il existe des rétroactions positives et d’autres qui sont négatives. La crise écologique nous présente son lot de rétroactions négatives (changements climatiques, perte de biodiversité, etc.); ces « signaux d’alarme » nous dévoilent que quelque chose ne fonctionne plus du tout! Les voyants rouges sur le panneau de commande sont allumés et l’alarme retentit dans nos esprits… Collectivement, la chose à faire serait de prendre le contrôle de ce panneau de commande en modifiant profondément nos habitudes de vie et en tirant des leçons de ces ”feedbacks” que la nature nous envoie. Malheureusement, ces signaux ne sont pas encore assez pris au sérieux, et pourtant.

La colère et la peur

Une fois que nous avons vécu ce moment « Oh, shit », nous sommes confrontés à la colère. « Pourquoi rien ne change? Pourquoi le manque de volonté? Pourquoi ces injustices? Pourquoi ce déni? » Bon nombre de questions viennent alimenter ce feu de colère en nous. C’est un moment difficile où plusieurs vont commencer à s’informer énormément sur les problèmes environnementaux, les injustices et la misère du monde en général. Ces découvertes créent presque inévitablement un sentiment d’urgence et de peur. « Vite! Il faut faire quelque chose… »

Je me rappelle de cette phase. J’avais 17 ans, j’étais souvent en colère contre les gestes et agissements de tous et chacun. Vers l’âge de 20 ans, j’ai commencé à boycotter beaucoup d’entreprises qui allaient complètement à l’encontre de mes valeurs tant au niveau social qu’environnemental, ce que je fais toujours d’ailleurs, mais de manière plus détachée. Ce feu de colère, il gruge énormément d’énergie. Ce n’est vraiment pas le meilleur moteur de motivation pour changer les choses. Il épuise nos ressources vitales. Malgré tout, la colère et la peur sont des émotions nécessaires; elles permettent de prendre conscience et d’imposer nos limites, si elles sont exprimées de manière saine. Selon le philosophe Hans Jonas, la peur peut déclencher une prise de conscience collective et ainsi apporter des changements dans la façon humaine d’agir pour préserver la nature.

Vient un moment où il faut lâcher prise. Quand je dis « lâcher prise », je ne veux pas dire abandonner. Au contraire, il est essentiel de lâcher prise pour continuer d’avancer et se laisser aller à de nouvelles émotions positives qui nous porteront beaucoup plus loin. Nous en reparlerons plus loin! Vient aussi ce moment de culpabilité, où nous réalisons que nous faisons partie du problème. Rappelons-nous simplement qu’avec un peu de volonté nous pouvons faire partie de la solution!

Le marchandage

« Ce n’est pas si pire finalement. Si on fait tous un effort, on est sauvé! Je commence à acheter du café équitable et je dis NON aux pailles! » L’étape du marchandage, c’est croire que les choses ne sont pas si pires que ça finalement.

Cette étape pourrait être à mon avis caractérisée par des gens qui ont de bonnes intentions, mais qui désirent, de manière consciente ou non, garder le statu quo, c’est-à-dire rester dans l’état actuel des choses.

Dans cette phase, je crois que nous voulons sincèrement faire de notre mieux et que nous avons le désir de changer nos habitudes, mais disons que nous ne voulons pas changer de manière trop significative. Nos gestes se limitent aux solutions faciles et populaires. Cette étape est nécessaire, et loin de moi l’idée de rabaisser ce début de mise en action. Bien au contraire, si tout le monde était dans cette phase de marchandage et faisait de petits gestes au quotidien pour alléger le fardeau des problèmes écologiques, nous pourrions changer les mentalités et entraîner des changements importants au sein de nos sociétés. Nous sommes justement de plus en plus témoins de nouvelles initiatives écologiques individuelles et collectives qui « font jaser » et qui permettent de lancer un débat collectif très important.

L’éco perfectionnisme

Comme ce n’est vraiment pas tout le monde qui fait de son mieux pour préserver l’environnement, le poids du fardeau repose sur ces gens qui comprennent la situation problématique et qui décident, pour cette raison, de changer de manière importante leur rythme de vie. J’ai décidé d’appeler cette étape « l’éco perfectionnisme ».

Je l’ai vécu et le ressens encore quelques fois. Je voulais faire une différence, je désirais faire « plus que ma part » pour ceux qui ne font pas la leur. Je faisais de nombreuses lectures pour voir comment diminuer mon empreinte écologique, j’ai adopté plusieurs habitudes pour respecter davantage l’environnement et pour être en phase avec mes valeurs. C’est bien, oui, mais ça allait plus loin que ça : je voulais faire la part des autres et je me mettais beaucoup de pression. D’un point de vue écolo, je n’étais jamais complètement satisfaite, étant donné que je m’en demandais beaucoup trop. Je me jugeais facilement et j’étais gênée de mes « éco imperfections »! Je vivais de l’anxiété de performance. J’imagine que je ne suis pas la seule?

Dépression et tristesse

Nous sommes nombreux à vivre des situations similaires : nous exigeons trop de nous-mêmes, nous tentons de porter la responsabilité du monde sur nos épaules, et puis, inévitablement, un jour nous tombons sous ce poids. On est épuisé·e·, on se sent impuissant·e· face aux enjeux beaucoup trop grands pour une seule personne. Alors, on se remet en question, « Qu’est-ce que mes gestes valent réellement? Pourquoi est-ce que je me donne autant de mal? Pourquoi est-ce que les choses ne changent pas? »

Peut-être avez-vous déjà entendu parler d’éco-anxiété? C’est ce que nous ressentons lorsque nous sommes toujours rappelés aux problèmes environnementaux. Selon Glenn Albretch, anciennement professeur de développement durable à l’université de Murdoch en Australie, l’éco-anxiété, c’est « l’état d’impuissance et de détresse profonde causé par le bouleversement d’un écosystème. »

Pour revenir brièvement à l’étape de l’éco-perfectionnisme, j’ai vraiment pris conscience de ce cercle vicieux qu’est la pression de performance le jour où j’ai écouté la vidéo d’une femme qui, avec sa jeune fille de quelques mois seulement dans les bras, nous montrait sa salle de bain zéro déchet. Elle expliquait avec gêne pourquoi elle et sa famille n’avaient pas encore réussi à éliminer complètement l’utilisation de papier de toilette. En voyant cette mère de famille, gênée de ses éco-imperfections, s’en mettre beaucoup trop sur les épaules, j’ai réalisé que cette course à la perfection était sans fin et que je devais changer ma manière de vivre cette transition, sans quoi je reviendrais sans cesse à cette case de la déprime et de l’impuissance. Je sentais le besoin de vivre des réussites suite à mes efforts. Fini le surplace et l’autocritique, il faut aller de l’avant!!!

L’acceptation : le pardon, sens, renouveau et sérénité

L’acceptation est un acte important pour aller de l’avant. Je crois fortement que c’est une étape essentielle pour bien vivre la transition socio-écologique. On pourrait dire que c’est la transition écologique « vue du cœur » et non pas seulement avec la tête. C’est une période d’acceptation des choses et de soi qui se ressent comme une vague de chaleur. Nous avons tous le droit de faire des erreurs, personne n’est parfait. Nous sommes habitués de vivre dans un monde où le jugement et l’autocritique sont normaux et acceptés. On peut le constater par le nombre de personnes qui vivent un épuisement professionnel ou aux jeunes qui sont de plus en plus nombreux à vivre de l’anxiété à l’école.

Prendre soin de l’humain est une éthique fondamentale en Permaculture. Pour prendre soin des autres, il faut d’abord prendre soin de soi. Prendre soin de soi, c’est d’abord apprendre à accepter nos imperfections, « J’accepte de ne pas être parfait·e, je fais de mon mieux, je me pardonne. » Vivre dans un état où il est impossible de pardonner demande beaucoup d’énergie. Comme je l’ai écrit un peu plus tôt, la colère n’est pas le meilleur moteur d’action. Si nous voulons changer le monde, commençons par nous pardonner! Ainsi, nous pourrons vivre dans le présent au lieu de vivre dans le passé, ce qui amènera un tout nouveau sens des objectifs. Plutôt que de s’attarder sur les petites erreurs du quotidien, nous pouvons nous concentrer sur le changement positif de notre monde, comprendre et utiliser les expériences du passé pour créer de nouvelles structures sociétales plus durables et équitables. C’est ici que l’on apprend à construire ensemble de manière positive.

En étant en paix avec nous-mêmes, nous nous sentons inspirés par des choix, des projets et des actions en phase avec nos valeurs. Même si ce n’est pas l’objectif principal, c’est aussi très inspirant pour les autres. Ça donne le goût d’essayer! Ce n’est pas en effrayant les gens ou en les menant à se culpabiliser qu’ils auront le goût de changer. Ce n’est pas non plus en étant compétitifs les uns envers les autres que nous changerons les choses. Au contraire. Lorsque je participe à des manifestations pacifiques pour la défense de l’environnement, ce qui me touche le plus, c’est cette solidarité qui nous rassemble et cette quête de justice et d’équité. Je trouve ça beau! Pourtant, plusieurs qui encouragent de lourds projets destructeurs de l’environnement sont convaincus que ceux qui manifestent pour la protection de l’environnement sont des « bloqueurs de projets, qu’ils ne savent même pas de quoi ils parlent, qu’ils veulent déranger… » Je les plains sincèrement de ne pas vivre ce que nous vivons.

L’entraide est la meilleure manière de vivre la transition. En prenant part active à des projets positifs qui changent de nos sociétés, nous ferons la connaissance de gens qui partagent sensiblement les mêmes valeurs que nous. Les rencontres importantes que l’on fait tout au long de notre vie sont aussi d’importants moteurs d’actions. En alliant nos forces, nous pouvons vraiment faire changer les choses!

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » disait Gandhi. La transition socio-écologique, c’est la recherche d’un autre modèle et la permaculture nous donne des pistes de solutions incroyables pour avancer dans cette direction. Charles Darwin disait : « Les espèces qui survivent ne sont pas les plus fortes ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. » Et cette adaptation se fera bien plus facilement en s’appuyant sur le principe de coopération. Dans la nature, cette coopération apporte une grande résilience. N’est-ce pas cela que nous voulons dans nos sociétés, une meilleure résilience?

Références :

  • KÜBLER-ROSS, Elisabeth, KESSLER, David. (2011) Sur le chagrin et le deuil. Pocket spiritualite. 288 pages.
  • Citation Hubert Reeves, astrophysicien.
  • Jonas Hans.(1993) Le principe responsabilité, une éthique pour la civilisation technologique, traduction de
  • Das Prinzip Verantwortung (1979), troisième édition, Éditions du Cerf, Paris.
  • Citation Glenn Albretch, anciennement professeur de développement durable à l’université de Murdoch en Australie.
  • Citation Charles Darwin, biologiste et naturaliste.
Cet article comporte 2 commentaires
  1. Excellent article!
    C’est vraiment intéressant d’utiliser le modèle de Kübler-Ross pour l’appliquer à la transition. Le changement implique la perte de ce à quoi on était habituéE et c’est ça qui est difficile. La perte qu’est la mort est la “fin du monde”, à l’échelle individuelle. En ce moment, nous réalisons que nous avons perdu le délicat équilibre écologique qui nous permettait la vie que nous avions (ou avons encore). C’est la fin de notre monde et donc une perte majeure, et nos réactions individuelles et collectives sont à la hauteur de cette perte.
    Quand on accepte d’avoir la perte, on se tourne vers l’avenir avec une énergie différente, effectivement grandie.
    Merci.

    1. Très bien dit, merci beaucoup pour votre commentaire très pertinent! Au plaisir de vous relire. 🙂

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